Pourquoi le Cameroun n'aide pas Bangui ?
Pourquoi le Cameroun n'aide pas Bangui ?
Avec seulement l'envoi d'une petite colonne en RCA, Paul Biya refuse de se mêler des affaires centrafricaines, mettant à jour son si grand mépris de Bozizé.
Les rebelles centrafricains du Séléka peuvent bien renverser le président François Bozizé, le pouvoir voisin de Yaoundé ne lèvera pas le petit doigt, estime, avec ironie, le dramaturge camerounais Eric Essono Tsimi.
Idriss Deby, le président tchadien, n'a pas été bien long à fourrer son nez (et ses armes) dans le micmac centrafricain.
Grand bien lui fasse! Pour sa part, il faut penser que, Paul Biya, le chef de l'Etat camerounais, n’aimerait pas qu’un jour, il lui soit fait ce qu’il n’a jamais fait à personne.
Alors, il pratique religieusement une politique de réserve (c’est-à-dire de silences), d’absence (donc de sommeil), et de neutralité (ou de chaise vide).
La preuve, avec la RDC, le Rwanda, le Malawi et le Togo, le Cameroun fait partie des cinq pays africains à n’avoir pas voté en faveur du statut d’observateur de la Palestine aux Nations unies.
Entre la crainte de représailles de l’Etat hébreu (auquel la rumeur prête une grande influence dans la sécurité présidentielle) et la nécessité de s’aligner sur la position de l’Union africaine, il fallut ne pas trancher, et l’abstention vint!
La peur panique de Biya
Paul Biya a deux phobies fondamentales: une tentative de coup d’Etat (parce qu’il n’a rien à céder de son pouvoir) et le dialogue (parce qu’il n’a rien à concéder de son autorité). Et pour prémunir son cher Cameroun d’une contamination et préserver la paix des cimetières qui y règne, il pratique la vertu internationale de ne pas se mêler des affaires de ses proches voisins.
Seulement, être un vertueux modéré, ça n’est pas tout, il faut protéger sa vertu des attaques de la tentation. Notamment la tentation d’un dialogue avec l’opposition. Vous savez, c’est avec des kalachnikovs que l’on obtient des dialogues en Afrique.
A moins d’un attentat suicide, à moins de situations surréalistes (comme c'est le cas au Mali) où l’on voit un président de la République assailli dans son palais et être battu comme un vulgaire pickpocket, de nos jours un coup d’Etat est techniquement malaisé dans la plupart des pays africains.
Les chances de succès de telles opérations sont infiniment faibles, depuis que des mercenaires et des Etats européens n’aiguillonnent plus les renversements de régime.
De là la mode des rebellions: on déstabilise, on avance, on décrédibilise dans la communauté internationale, et on vainc à l’usure…
Avec, éventuellement, comme ultimes recours, le soutien militaro-humanitaire de l’OTAN, l’appui logistique de la France (Alassane Ouattara lui est éternellement reconnaissant), une résolution (n’est-ce pas un rien prétentieux si l’on considère qu’elles ont rarement résolu quoique ce soit?) du conseil de sécurité.
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