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La Nouvelle Centrafrique

Qu'est-ce vraiment cette Séléka qui fit...

10 Janvier 2013 , Rédigé par La Nouvelle Centrafrique

Qu'est-ce vraiment cette Séléka qui fit...

Qu'est-ce vraiment cette Séléka qui fit vasciller le pouvoir pourtant omnipotent de Bozizé en moins de 15 jours ?

Par V.M.

Sur le terrain, ils sont près de 4600 soldats, rien de moins, union de différentes factions rebelles.
Aguerris au combat depuis des années, ils n'ont eu aucune difficulté à balayer des FACAS mal préparés, mal équipés et surtout, sur fait de jeunes soldats inexpérimentés.
Les Facas expérimentés sont restés à Bangui afin de protéger le Président. Ceux-là n'ont pas eu à affronter les forces de la Séléka.

Et le Général Jean-Félix Akaga, commandant de la Fomac à beau montrer les muscles - "Nous avons suffisamment de moyens pour pouvoir arrêter une avancée sur Damara, et je pense que les rebelles le savent."- rien ne garantit que lors d'une confrontation frontale avec la Séléka ses troupes en sortiraient vainqueurs.
Et démonstration de son pouvoir militaire limité, les forces Séléka le narguent.
Damara verrou, ligne rouge à ne pas franchir ?
A l'heure de cette note, la Séléka a déjà cernée Damara.

Historique
Qui, donc, se cache derrière l’appellation générique Seleka (coalition, en sango, la langue usuelle en République centrafricaine) ?

La Séléka est née en Juin 2012, à la base, elle est formée de deux groupes dissidents de mouvements qui contestent la mise en œuvre des accords de paix de Libreville signés en 2008 entre le président centrafricain et les rebelles:
- l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) - et la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP).

Selon Roland Marchal, spécialiste de l’Afrique subsaharienne au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po-Paris, d’autres groupes sont venus se greffer à la rébellion, lui permettant de grossir ses rangs et sa capacité d’action:
« Le mouvement a crû, s’est agrandi car la victoire appelle la victoire. De nombreux combattants qui appartenaient à d’autres groupes y ont vu la possibilité de gagner plus et les ont rejoints, plus par opportunité que par engagement idéologique. Ce groupe a acquis ce qui lui manquait au début, en plus des armes et des munitions qu’il avait déjà, des moyens de transport! Des motos et des voitures d’ONG ou de l'administration locale des villes conquises ont été confisquées. C’est donc une force militaire plus importante.»

Les chefs rebelles de la Séléka sont des officiers supérieurs très expérimentés, et non des va-nu-pieds comme certains en Occident le pensent.
Ils sont issus des élites militaires locales qui n’ont jamais été au centre du pouvoir dans l’armée nationale ou même à Bangui.
C'est Nord de la RCA qu'ils fait leurs premières armes au combat.

Evoluant pourtant sur des terrains difficiles, ils ont su pourtant mettre en place une chaîne de commandement efficace.
Ce qui a époustouflé tout ce que la planète compte en spécialistes militaires.

LES CHEFS

- Michel Djotodia, « le chef suprême ».
Il fut un haut fonctionnaire centrafricain et l’un des fondateurs du groupe de l’UFDR
Ancien fonctionnaire du ministère du Plan, puis des Affaires étrangères, et ex-consul à Nyala, capitale du Sud-Darfour au Soudan.
Créée en septembre 2006, l’UFDR opérait essentiellement, avant la dernière offensive vers Bangui, dans les préfectures arabophones de Vagata et Haute Kotto, dans le Nord-Est. Son commandement opérationnel était assuré par le capitaine Yao, de son vrai nom Dramane Zacharia, aujourd’hui brouillé avec son patron.

- Le colonel Lakoye Maradas, réconcilié avec Bozizé un temps, vivait à Kaga Bandoro jusqu’en septembre 2011. C’est un Sara, du sous-groupe Ngama.
Il était le chef militaire de l’Armée populaire pour la restauration de la Démocratie (APRD), un groupe rebelle opérant au Nord de la RCA et formé de partisans d’Ange- Félix Patassé.

- Abdoulaye Issene.
Originaire de Sikkikede, c'est le patron de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP), un groupe rebelle créé le 26 octobre 2008.

- Le général Noureddine Adam, dirigeant la CPJP dans sa version Séléka. Elle fut créée à la fin de l’année 2008. C'est l’héritage du médecin militaire Charles Massi, probablement assassiné sous torture par les forces de Bozizé.

- Martin Koumtamadji, plus connu sous son nom d’emprunt, d'Abdoulaye Miskine est le fondateur du FDPC.
Il fut un proche de l’ancien président Ange-Félix Patassé.

- Le Général Mohamed-Moussa Dhaffane fondateur de la Convention patriotique du salut du kodro (CPSK)
Dhaffane assura, en d’autres temps, les fonctions de président ad hoc de la Croix-Rouge centrafricaine, tout en étant membre de la CPJP, qu’il quitta pour créer son propre mouvement.

- A tout ceci s'ajoutent des groupes aux chefs indéfinis
A- Le Front Républicain pour l’Alternance et la Paix (FRAP)
B- et l’Alliance pour la Renaissance et la Refondation (A2R), une structure clandestine dont l’adhésion à la coalition date seulement de la fin décembre 2012 ET regroupant des officiers hostiles au régime de Bozizé.

QUE VEULENT-ILS ?

Au départ, seulement le respect de différents accords de paix signés (avec le pouvoir) entre 2007 et 2011 prévoyant un processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des anciens combattants.
Mais ce n'était qu'un prétexte cachant les intentions véritables à savoir déposer Bozizé tout simplement.
Bozizé est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2003, et ce fut grâce à l'aide de beaucoup de ces groupes armés que année après année il a négligé.
La Séléka est avant tout un groupe de revanchards.
Et bien évidemment d'entendre maintenant Bozizé parler de respect de la Constitution la fait un peut rigoler, arguant que c'est Bozizé lui-même est le premier violeur de la Constitution du pays.

QUI LES FINANCE ?

C'est maintenant un secret de polichinelle.
C'est Idriss Deby soi-même qui finance la Seleka.
Michel Djotodia, « le chef suprême » ne s'en cachait même pas.
"Avant nos offensives, nous avions pris conseil auprès des instances tchadiennes." CQFD

LA FRANCE LA DEDANS ?

Officiellement, elle se dit être neutre dans cette affaire, qui va la croire ?
600 légionnaires français dépêchés de Libreville débarquent à Bangui cependant, et sans même consultation préalable du Président centrafricain.
Officiellement, pour protéger les ressortissants français et les intérêts de la France.
Les 1200 ressortissants français en RCA furent-ils menacés par qui que soit ? Assurément non !
Dès lors, nous ne pouvons en déduire que l'après Bozizé est en marche.
Par ailleurs, la diplomatie française ne chôme pas.
De nombreux potentiels futurs Présidents présentables aux yeux de la France ont été secrètement contactés.
Que fait par exemple ici à Libreville le Prince Magloire LAMINE ?
Sûrement pas pour y faire du tourisme.

Que pèse un pouvoir retranché dans la capitale ?

Politiquement et militairement pas grand chose.
honte terrible pour le Président, il ne doit son salut actuel qu'au soutien des différentes forces étrangères présentes sur son territoire, et au visées très contradictoires quant à son avenir sur le 'Mbata ti makunzi' le siège du pouvoir.
En excitant artificiellement la jeunesse désœuvrée de BANGUI, il fit la démonstration que tout lui échappe dorénavant.
Sa propre famille a déjà plié bagages à Kigali.

La Séléka au pouvoir ?

Pas si simple.
Car elle aussi subit les pressions de Paris.
Ce qui lui fit dire qu'il faudra négocier un départ dans le calme de Bozizé, puis mettre en place un gouvernement de transition capable de préparer des élections enfin démocratiques. Le Président de transition ne devra pas se présenter à ces dites élections.

Autant dire du copier-coller des ordres de Paris.

© 2013 - La Nouvelle Centrafrique

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